AG France-Cuba 2008 :
Une année difficile dans l’affaire des Cinq de Miami.
Agur, compañeros.Le premier janvier de cette année, la Révolution cubaine a fêté son demi-siècle d’existence. Les célébrations de la victoire des Barbudos sur la dictature de Batista ont réuni – et continuent de réunir– des milliers et des milliers de gens, à Cuba et dans le monde entier.
Gerardo, Antonio, Ramón, Fernando et René l’ont célébrée aussi du fond de leur cellule. Ils ont croulé sous les lettres de tous leurs amis qui voulaient les associer à la joie de ces célébrations. Ils y ont participé à leur manière en écrivant leur fierté d’être les fils de cette Révolution pour laquelle ils ont risqué leur vie et sacrifié leur liberté.
Cependant, l’année 2008 a été marquée par l’amère désillusion infligée en juin par le panel des trois juges du 11° Circuit d’Atlanta chargé d’examiner l’appel présenté en août 2007, après que la Cour Plénière ait annulé sous la pression du gouvernement américain la décision de 2005 qui cassait le jugement de Miami. Deux des 3 juges étaient les mêmes qui, en août 2005, avaient déclaré que le procès initial de Miami s’était déroulé dans une atmosphère de haine et de préjugés contre les accusés et devait donc être annulé. Le 3° juge, atteint par la limite d’âge, avait pris sa retraite et avait été remplacé par Mr Birtch, un juge nommé par un certain John McKain, sur recommandation de George Bush lui-même. Les trois juges n’ont pu prendre une décision commune, la 3ème, Mme Kravitch, maintenant que rien ne permettait de condamner les 5. Mais le juge Pryor finit par céder aux instances de Birtch, et les condamnations ont été confirmées par deux voix contre une.
Une telle contradiction entre l’arrêt de 2005 et la décision de juin dernier ne peut s’expliquer que par les pressions brutales exercées sur le panel de juges par le gouvernement des USA et le lobby des cubanos-américains exilés en Floride.Cependant, preuve que les juges ne se sentaient pas la conscience tranquille, ils ont demandé que les cas de Tony, Ramón et Fernando soient revus par la Cour de Miami afin de les requalifier et de réduire les sentences. Pourquoi ces trois-là ? Mystère! Et en prime, le juge Pryor a conseillé aux avocats de la Défense de faire appel à la Cour Suprême, expliquant qu’à son avis, cette affaire présentait tous les éléments pour que la Cour Suprême se penche sur ce cas. Mais il faut savoir que cette instance traite moins de 3% des dossiers présentés! L’appel est donc en cours de présentation. Pour le réexamen des sentences, il ne faut pas se faire trop d’illusions : il s’agit simplement de requalifier l’accusation, ce qui reviendrait à annuler les charges d’espionnage et changer les perpétuités contre 25 ou 30 ans de réclusion…
Notons quand même que dans cette résolution prise par les trois juges d’Atlanta, on admet pour la première fois dans une instance judiciaire et de façon explicite que le gouvernement n’a pu présenter des preuves qui démontrent que les Cinq transmettaient à Cuba des informations concernant la sécurité des Etats-Unis. C’est sous cette argumentation que les juges ont décidé de renvoyer les cas de Tony, de Ramón et de Fernando devant la Cour de Miami, pour qu’ils bénéficient de cette fameuse réduction des sentences que je viens d’évoquer. Les Cinq se sont immédiatement opposés à ce qu’ils qualifient de manoeuvre pour diviser l’affaire et laisser seuls René et Gerardo. « Jamás lo permitiremos. Somos y siempre seremos Cinco. Apelaremos a la Corte Suprema, a la Corte Internacional, a una Corte Galáctica si es necesario, pero nunca cederemos hasta conquistar la victoria y la libertad de los Cinco unidos" (nous ne le permettrons jamais. Nous sommes et nous serons toujours Cinq. Nous en appellerons à la Cour Suprême, à la Cour Internationale, à une Cour galactique s’il le faut, mais nous ne cèderons jamais tant que nous n’aurons pas conquis la victoire et la liberté pour les Cinq unis », ont-ils affirmé dans leur message de fin d’année.On verra ce que 2009 nous réserve !
Pour l’instant, les avocats de la défense ont présenté leurs arguments au mois de janvier dernier. Un nouvel avocat a rejoint leur équipe : il s’agit de Thomas Goldstein, du cabinet d’avocats Akin Gump, qui travaille de façon active et régulière auprès de la Cour Suprême. Thomas Goldstein, sollicité par Leonard Weinglass, a immédiatement accepté de faire partie de l’équipe des défenseurs, dans ce qu’il qualifie d’une affaire très forte et digne d’être défendue. Il a déjà plaidé plusieurs fois cette année devant la Cour Suprême et en connaît bien les rouages. Le Parquet a réclamé un délai supplémentaire de deux mois pour présenter ses propres arguments – sans doute le dossier est-il nouveau pour les procureurs…-, ce qui mènerait à fin mai.
En attendant la décision de la Cour Suprême de se saisir ou non du dossier – décision qui pourrait intervenir le 20 août prochain - la solidarité internationale se mobilise. La semaine dernière, le 21 mars, le Parlement européen, par la voix de son vice-président Miguel Angel Martínez, a manifesté son appui à Cuba dans l’affaire des Cinq. Le sujet pourrait être évoqué lors de la prochaine réunion d’euro-parlementaires avec Barack Obama. Le vice-président a même précisé, devant des membres des familles des Cinq, que ce sujet était inscrit dans son agenda comme « thème prioritaire » lors de son entrevue avec le président américain. “Aucun de nos représentants ne doit cesser de transmettre au nouveau mandataire étatsunien la solidarité de l’Europe avec la cause du peuple cubain ni de dénoncer tous les aspects arbitraires et les irrégularités du procès judiciaire contre ces cinq jeunes gens de l’île », a affirmé Miguel Angel Martínez.
De plus une douzaine de personnalités mondiales, parmi lesquelles les Prix Nobel José Ramón Horta, Adolfo Pérez Esquivel, Darío Fo, Rigoberta Menchù et José Saramago, plus tous les sénateurs de Mexico et des membres du Congrès du Brésil, de Belgique et du Japon, ont demandé à la Cour Suprême des Etats-Unis de reconsidérer l’affaire. Dernièrement, c’est la Confédération des Femmes Indigènes de Bolivie qui a rejoint les rangs de la solidarité internationale. Sans parler des centaines de personnalités qui intègrent la Commission Internationale pour les familles des Cinq, parmi lesquelles pour la France Danielle Mitterrand, Roland Weill, Ramon Chao, Salim Lamrani, Hernan Calvo Espina et Monseigneur Gaillot. Ce dernier a même célébré, à l’automne dernier, une messe de solidarité avec les Cinq à laquelle ont assisté des membres de l’ambassade et de France- Cuba.
Roberto Gonzàlez, avocat des Cinq et frère de René l’a affirmé: la bataille légale est importante parce qu’elle souligne les erreurs et l’ampleur de l’injustice commises par les juges et le gouvernement américain. Mais c’est sur le terrain de la solidarité internationale que l’affaire sera résolue. Et sur ce terrain-là, nous avançons, jour après jour. La lutte pour la liberté de René, de Tony, de Fernando, de Ramón et de Gerardo gagne chaque jour de nouveaux amis et lézarde davantage le mur de silence imposé jusqu’à présent par les médias, qui, eux aussi, s’intéressent de plus en plus à l’affaire.
Comme l’ont écrit nos amis du Comité Argentin pour la Liberté des Cinq, « nous frapperons à toutes les portes, nous explorerons toutes les alternatives, nous parcourrons tous les chemins. Nous savons que dans cette entreprise nous pouvons compter sur vous tous ».
Compañeros, musu eta besarkada bat.
Annie Arroyo (mars 2009)