SITUATION ECONOMIQUE CUBA
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Ce rapport sur la situation économique 2008 de Cuba a été
largement inspiré par l’intervention d’Osvaldo Martinez, Président de
la Commission des Affaires économiques de l’Assemblée Nationale.
Globalement, l’économie en 2008 a été confrontée à plusieurs facteurs, les uns favorables, les autres défavorables.
Parmi les 1ers, on notera les effets bénéfiques de la politique économique concernant principalement l’agriculture et en particulier la production d’aliments. On notera les effets de la Révolution énergétique et enfin on notera aussi l’augmentation du tourisme.
Parmi les éléments défavorables on relèvera l’influence catastrophique sur l’économie des 3 ouragans qui ont provoqué des pertes énormes de l’ordre de 9 milliards 720 millions de dollars. Toujours parmi ces éléments défavorables le maintien du blocus qui continue de provoquer d’immenses pertes et enfin la crise économique mondiale qui, sans avoir eu jusqu’à maintenant plein effet sur Cuba, commence quand même début 2009 à se faire sentir. Mais revenons rapidement sur ces 3 éléments défavorables. La croissance de 8 % que prévoyait le plan n’a pas été atteinte, elle a même été amputée de moitié car elle s’est développée dans le contexte de dévastation des 3 ouragans, par la guerre économique exercée à l’encontre de Cuba et par l’ensemble des augmentations des prix des aliments et du carburant pendant presque toute la durée de l’année. Rappelons que les ouragans ont détruit ou endommagé 530 760 logements et ont endommagé ou détruit l’activité agricole. Dans le cas de Cuba, la catastrophe humaine a été évitée en 2 temps : le premier durant les ouragans par l’intervention d’une protection de la population sans faille menée par l’Etat et le deuxième grâce à l’immense vague de solidarité humaine tant de l’intérieur du pays que de l’extérieur. Du point de vue économique il n’en restera pas moins des traces inévitables en termes de diminution de la croissance et d’augmentation du déficit budgétaire causé par des dépenses d’exception.
En fin d’année 2008 et début de l’année 2009, l’économie a du
jongler dans le scénario complexe de l’économie mondiale. Après
avoir atteint le record historique de 147 dollars le baril en juillet, le
prix du pétrole a baissé, cependant le prix moyen accumulé
jusqu’en novembre a été de 43.50 % supérieur à celui de 2007. Les
aliments de base que Cuba importe en plus grande quantité pour
faire face aux pertes occasionnés par les ouragans, ont été en
moyenne 53 % plus chers qu’en 2007.
Parallèlement le prix du nickel, la principale exportation de biens, a
subi une baisse de 41 % par rapport à 2007.
L’ensemble des ouragans, le blocus, les prix élevés d’importations, associés à l’éclatement de la crise économique globale ont composé un ensemble d’adversités concentrées, pour la première fois, en une seule et même année.
A cela il faut ajouter, toujours d’après ce même rapport d’Osvaldo Martinez, un ensemble de facteurs négatifs internes sur lesquels je n’apporterai aucun commentaire et qui sont du seul remède des cubains eux-mêmes. Je citerai pêle-mêle : la dépense excessive et l’insuffisante économie de carburant et d’électricité, la nonincorporation au travail d’une partie de la population en âge de travailler, l’insuffisance dans la productivité, l’organisation et la discipline au travail ainsi que les mauvaises mentalités de certains fonctionnaires travaillant à l’import/export.
Toujours d’après ce même texte, le rapport entre productivité du
travail et salaire moyen s’est amélioré en faveur de la productivité,
mais il reste encore beaucoup à faire dans ce domaine pour
garantir que les augmentations salariales disposent bien du soutien
productif indispensable. En d’autres termes, je pense et je n’irai pas
plus loin dans mon analyse : est-ce que la production est suffisante
pour justifier une demande d’augmentation de salaires ?
Le taux de chômage est de 1.6 %, ce qui équivaut techniquement
au plein emploi. Il est un des plus faibles au monde. A ce faible taux,
il faut ajouter une partie non négligeable de la population en âge
de travailler qui ne recherche pas d’emploi.
Le minimum vieillesse a été porté à 200 pesos et l’allocation minimum d’assistance sociale à 147 pesos. Ces deux mesures ont représenté une dépense additionnelle de 810 millions de pesos (30 millions d’euros).
La production de pétrole et de gaz a augmenté de 1.3 % et de nouveaux équipements de perforation sont en passe d’être mis en service.
La Révolution Energétique a continué de progresser avec notamment l’installation de groupes électrogènes supplémentaires, la suppression de 90 % des zones à bas voltage. Ces mesures ont entrainé une diminution de 13 % des coupures de courant par rapport à 2007 et de 24.2 % par rapport à 2006. La remise dans la population des nouveaux réfrigérateurs s’est poursuivie normalement en 2008.
Pour ce qui concerne les transports, les transformations s’avèrent
complexes et coûteuses mais le processus se poursuit normalement.
Les moyens de transports se sont accrus tant dans le transport des
passagers que des marchandises. De nouveaux équipements ont
été achetés et une avancée significative s’est fait sentir dans
l’organisation des transports.
La biotechnologie a connu de nouveaux résultats encourageants avec notamment 20 % d’augmentation de ses exportations par rapport à 2007. Cette industrie a exporté des produits médicaux dans près de 60 pays. L’essor de ce secteur dans la santé est l’un des points forts de Cuba et s’appuie sur les essais cliniques de vaccins contre le cancer, la production de protéines reconstituantes ou celle d’anticorps utilisés dans de nombreux médicaments notamment pour les maladies cardio-vasculaires. 2008 a vu le lancement d’un vaccin thérapeutique pour traiter le cancer du poumon qui devrait être prochainement commercialisé en Amérique latine, en Europe et en Asie. Cuba vend environ une quarantaine de produits issus de la biotechnologie et a signé de multiples accords de coopérations. Selon les autorités cubaines, Cuba a investi près de 3 milliards de dollars depuis 1982 dans ce secteur. L’investissement est important et les chercheurs cubains ont su faire fructifier à merveille cette branche reconnue dans le monde entier. Le rapport financier de plusieurs millions de dollars en fait un secteur clé dans l’économie cubaine. Les éloges répétés de certains organismes mondiaux tels que l’UNESCO par exemple est bien la preuve que Cuba est à la pointe concernant cette technique.
Concernant le secteur stratégique de la production d’aliments, les transformations de l’organisation font leur premier pas. Les remises de terres incultes à des personnes les sollicitant, la réorganisation des activités de cultures variés et d’élevage bovin sont des exemples de cette réorganisation qui trouvera sans aucun doute ses effets dès l’année prochaine. L’augmentation du prix du collectage du lait et sa livraison directe par les producteurs aux centres de vente ont entrainé un accroissement de 16 % de la production évitant ainsi l’importation de 7000 tonnes de lait en poudre.
Dans le domaine de la santé, Cuba a réussi une nouvelle fois en 2008 le plus faible taux de mortalité infantile de son histoire. Une prestation extraordinaire surtout que cette année Cuba a été touché par 3 fois comme jamais auparavant. Lors des différents passages cycloniques la Protection Civile Cubaine a accordé une attention spéciale aux mères, femmes enceintes et enfants. Ceci explique en partie pourquoi Cuba enregistre ce chiffre historique de 4.7, moins de 5 décès dans la première année par 1000 enfants nés vivants. Je rappellerai que le chiffre de mortalité infantile est reconnu par toutes les instances internationales comme une mesure de bien être et du développement d’une population. Une mortalité infantile faible présuppose en effet un système de santé de qualité et accessible ainsi qu’un niveau d’éducation élevé de la population. Il y a 50 ans, en 1959, avant le triomphe de la Révolution mourraient à Cuba plus de 60 bébés sur 1000. On peut voir le chemin parcouru y compris pendant la période noire des années 90 où, malgré les privations de toutes sortes, le taux a continué de baisser. Au niveau international Cuba fait la pige à bon nombre de pays industrialisés et ne souffre d’aucune comparaison avec les pays en voie de développement d’Amérique Latine. Autre statistique mettant en valeur la haute technicité de la médecine c’est l’espérance de vie moyenne à Cuba : 78 ans, 75 ans pour les hommes et 80 pour les femmes. En 2008, les soins de santé primaires évoluent de nouveau et sont mieux répartis. Auparavant les soins réservés aux hôpitaux sont dispensés aussi dans des polycliniques qui assurent maintenant une vaste gamme de soins et pas seulement des services de base. En 2008 plus que jamais, les polycliniques basées dans les communautés sont la pièce maîtresse du système de soins de santé primaire à Cuba qui figure parmi les plus efficaces du monde. Chaque polyclinique assure la couverture de 25 à 30 000 habitants environ, couvrant ainsi plus de 95 % de la population.
Cuba, forte de sa volonté politique et partageant les ressources
limitées dont elle dispose, développe aujourd’hui des programmes
de coopération internationales efficaces qui bénéficient à des
millions de personnes dans le monde entier et plus particulièrement
dans les pays du Sud. Actuellement plus 185 000 personnels de santé
cubains qui ont travaillé dans 103 pays du tiers-monde. Plus de
1 300 000 Latino-américains et Caribéens ont retrouvé la vue dans le
cadre de l’Opération Miracle. Fin 2008, et après 50 ans de
Révolution, les chiffres parlent d’eux-mêmes, plus de 50 000
étudiants étrangers de 129 pays ont conclu leurs études à Cuba et
actuellement c’est 30 000 étudiants de 123 pays. Le haut lieu de
cette coopération internationale à Cuba c’est l’Ecole Latinoaméricaine
de Médecine créée en 1999. Aujourd’hui l’école
compte plus de 10 000 étudiants formés dans différentes techniques
de santé.
Du point de vue politique en 2008 Cuba a remporté une nouvelle (et grande) victoire lors de l’Assemblée Générale de l’ONU. La motion présentée par Cuba contre le blocus a été approuvée par 185 voix contre 3, décidément Cuba n’en finit pas de battre des records. Malgré ce résultat, la politique de blocus menée par les Etats-Unis n’a pas changé puisqu’il n’y a aucune obligation concernant l’application des résolutions … même avec une obligation, les Etats-Unis s’y soumettraient-ils ?
Autre victoire marquante de la diplomatie cubaine, le 23 juin, après de longues discussions, l’Union européenne a décidé de supprimer définitivement les sanctions politiques contre Cuba en vigueur depuis 2003 et suspendues depuis 2005. Imposées à La Havane suite aux pressions exercées par Washington, ces sanctions se justifiaient officiellement en raison de la « situation des droits de l’homme ». En réalité l’UE s’alignait docilement sur la position étasunienne. Pour autant les débats n’ont pas été faciles et se sont avérés assez souvent houleux notamment en raison des positions de la Suède, des Pays-Bas et surtout de la République tchèque. Par rapport à cette décision, il conviendra d’être extrêmement vigilent puisque ces 3 pays ont finalement accepté de suivre la majorité à la condition que la situation soit réexaminée chaque année.
En fin d’année 2008, les 16 et 17 décembre à Salvador de Bahia, s’est tenu le Sommet de l’Amérique latine et des Caraïbes sur l’Intégration et le Développement. Convoqué à l’initiative du président brésilien Lula da Silva ce sommet a eu la particularité marquante de se réunir sans les Etats-Unis, sans l’OEA et sans l’Europe. Je pense que ce sommet a marqué un virage important vis-à-vis du laboratoire d’expériences néolibérales durant les années 80 et 90 car maintenant cette région compte parmi ses rangs le plus grand nombre de gouvernements progressistes de son histoire. Il est clair aujourd’hui que sans les 5 décennies de révolution et de résistance cubaine, ce sommet n’aurait pas eu lieu ou bien son contenu n’aurait pas été le même. Des décisions importantes ont été prises allant dans le sens d’une plus grande liberté, d’une plus grande indépendance et d’une volonté d’un processus conformes aux idéaux de José Marti et de Simon Bolivar. Ce sommet a donc exprimé la volonté d’une région entière d’enterrer le néolibéralisme et la dépendance par rapport aux Etats-Unis. Il a aussi exigé des Etats-Unis qu’ils lèvent les pratiques contraires au Droit international comme la loi Helms Burton, et enfin que le blocus économique soit levé sans restriction. En fait je vais me répéter mais je crois que cela en vaut la peine, ce sommet a été durant 2 jours l’éloge de la résistance cubaine sans laquelle Salvador de Bahia n’aurait pas eu lieu.
Le dernier point que je voulais soulever dans ce rapport concerne la
situation des Cinq héros antiterroristes cubains emprisonnés depuis
maintenant 10 ans. Nous avons notre spécialiste, Annie Arroyo,
présidente du comité Pays Basque Bas Adour qui a préparé un petit
compte rendu de l’année 2008 concernant les Cinq. Elle a chargé
un camarade de ce comité pour le lire.
Pour ce qui me concerne j’en aurai terminé de cette petite
rétrospective 2008. J’aurai certainement oublié des choses, des faits,
mais comme je suis sûr que vous avez tous bien suivi, vous ne
manquerez pas dans la discussion qui va suivre de soulever ces
points manquants.
Je vous remercie de votre attention.